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Actualités du SPI

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Le SPI regroupe environ 400 producteurs de l’audiovisuel et du cinéma, indépendants de tout opérateur de diffusion et de télécommunication.

La politique du SPI est définie par son Comité Directeur, composé d’une vingtaine de producteurs élus pour deux ans par l’ensemble des adhérents.

Présent dans l’ensemble des organisations, institutions et commissions du secteur, le SPI s’attache à défendre et promouvoir la liberté de création des œuvres audiovisuelles et cinématographiques, la diversité des œuvres produites et l’indépendance des entreprises de production du secteur.

Le SPI - Syndicat des Producteurs Indépendants Syndicat des Producteurs Indépendants
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Tribune publiée dans "Le Monde" du 17 avril 2015 : Il faut défendre la fiction indépendante française ! [17-04-2015]

Il faut défendre la fiction indépendante française !

Ce n’est pas le carcan réglementaire qui empêche la France de concurrencer les géants américains. Au contraire, tous les succès emblématiques du renouveau de la série télévisuelle des vingt dernières années ont été produits par des indépendants

Pourquoi la France, qui investit plus de 680 millions d’euros par an dans la fiction audiovisuelle, se montre-t-elle incapable d’assurer le renouveau de ce genre, au côté des Etats-Unis, de l’Angleterre et de plus petits pays à audience et moyens de financements réduits, comme Israël ou les pays scandinaves ? Pourquoi nos productions sont-elles encore majoritairement absentes du marché mondial ? Avec l’explosion des séries à l’international, de nombreux observateurs s’interrogent sur notre incapacité à en produire plus et mieux.

A cette question essentielle, des experts, souvent financés par les diffuseurs et les grands groupes audiovisuels dont ils sont les plus fervents lobbyistes, ne répondent que par un empilement d’idées toutes faites : le carcan réglementaire français freinerait l’industrialisation du secteur, empêchant la concentration verticale, seule à même de concurrencer les géants américains. L’obligation faite aux chaînes de confier la fabrication des œuvres à des producteurs indépendants leur interdirait de déployer une politique de production intégrée, tournée vers le reste du monde.

FAIBLESSE DE L’EXPORTATION

Le diagnostic, comme le remède proposé, prêterait à sourire, s’il ne trahissait un mépris volontaire des faits. Disons-le tout de suite, aucun des arguments de cette vieille antienne de l’intégration verticale ne résiste à l’épreuve d’une analyse sérieuse des conditions du renouvellement créatif de la fiction. En effet, tous les succès emblématiques du renouveau de la série télévisuelle des vingt dernières années, qu’ils soient américains, anglais ou européens, ont été produits par des indépendants, le plus souvent dans une alliance vertueuse avec un diffuseur. La liste est longue des « Sopranos » à « Downtown Abbey », de « The Bridge » à « Engrenages » qui en témoigne. La capacité des indépendants à produire pour l’international n’est plus à démontrer. Mieux équipés créativement, structurellement aptes à l’innovation et aux risques, ils sont en prise directe avec les talents.

Au départ, les nouvelles séries TV ont été engendrées par des niches, à la marge de la production majoritaire. Dans un premier temps, c’est la qualité (singularité des prototypes) qui a imposé l’originalité de ses formats face à la quantité (volume et flux), puis elle s’est consolidée en se multipliant grâce à la confiance établie entre diffuseurs et indépendants. Aux Etats-Unis, c’est ainsi que la marque HBO (« True Detective », « Game of Thrones ») s’est forgée, dont le succès remodela la fiction américaine et que tous les networks se sont depuis efforcés de copier. En Angleterre, pays où l’intégration verticale était devenue le dogme central au sortir des années Thatcher, tous les diffuseurs ont fini par faire le choix d’un retour vers les indépendants. C’est bien dans ce double mouvement de la marge vers le centre, du prototype vers l’industrialisation, que la fiction peut se renouveler et prospérer.

Si la France a raté le marché mondial des séries TV et que la faiblesse de l’exportation de nos fictions à l’international continue de désespérer les autorités de tutelle, c’est à cause de deux raisons de fond :

1.- En France, les « niches » ont été tuées dans l’œuf et diluées dans le généralisme consensuel de la fiction de papa, éditorialement tournée vers le seul public français : une audience vieillissante, qui a défini et continue de le faire, la politique de production du service public. Les grandes chaînes hertziennes jusque très récemment ne souhaitaient pas développer d’œuvres abordant des sujets ou des univers jugés trop « clivants » – pourtant qualité première des œuvres qui ont formé le goût des consommateurs de séries dans le monde. Or, même écrits dans leur langue d’origine, les sujets à forte singularité peuvent connaître des succès retentissants. Des exemples le montrent : « Borgen » diffusée sur Arte, récit en danois de l’ascension d’une femme politique, a connu un succès international. « Les Revenants », série en langue française pour Canal+ où les morts reviennent, a été vendue dans le monde entier et a obtenu le Emmy Award de la meilleure série internationale.

Remettons la concurrence au cœur du système, diversifions nos possibilités de financements, créons de la place aux entrants, jeunes producteurs et jeunes auteurs, avec moins de pression sur le budget et l’audience

2.- Les coproductions internationales de fiction, capables de toucher des publics étrangers et impliquant un producteur et des talents français ont été longtemps cruellement négligées dans notre pays ou cantonnées à de l’opportunisme financier – les fameux « Euro-pudding ». Les premiers à avoir ouvert des brèches vers la fabrication de nouveaux formats avec des partenaires internationaux, en mélangeant les talents, les imaginaires et les sources de financement, ont été des indépendants. Car les grands groupes n’en voulaient pas, trop attachés à leurs franchises calibrées, la plupart du temps des séries familiales ou policières, fabriquées pour maximiser les marges de production, modèle qui a bien atteint ses limites. Mais si céder aux sirènes du « tout industriel » est un leurre dangereux, nous ne souhaitons pas pour autant nous arc-bouter sur des combats d’arrière-garde. Nous appelons de nos vœux une révolution des mentalités : que l’esprit start-up qui a permis l’expansion des nouvelles technologies accompagne l’indispensable remise à plat de la fiction française pour qu’elle s’attelle enfin aux défis… d’aujourd’hui. Les grandes entreprises du secteur des nouvelles technologies ont eu, elles, l’intelligence de reconnaître qu’elles étaient prises de vitesse par les PME entrantes, seules capables de rupture, d’innovation, et donc créatrices de nouveaux marchés. Ont-elles fait le choix de les détruire ? Au contraire, elles ont vu dans leur développement même l’opportunité de nouveaux débouchés. D’autant que la force de ces PME tient dans une organisation horizontale, un mode de travail collaboratif et une prise de risque aux antipodes de la verticalité des groupes, qui font porter aux œuvres le poids de frais généraux massifs.

LA CLÉ DU RENOUVELLEMENT

La défense de la production indépendante n’est donc pas le réflexe corporatiste d’un secteur assiégé. Au contraire, elle est la clef du renouvellement. Mais ce n’est que main dans la main que producteurs et diffuseurs peuvent s’atteler à ce beau chantier. Nous avons perdu dix ans ! Eh bien, prenons-en dix d’avance avec un contrat d’objectif et de moyens signé entre diffuseurs et producteurs, qui aille à l’encontre de la peur et du repli et ouvre bien grandes les fenêtres du secteur pour que notre fiction aille enfin respirer l’air du large : remettons la concurrence au cœur du système, diversifions nos possibilités de financements, créons de la place aux entrants, jeunes producteurs et jeunes auteurs, avec moins de pression sur le budget et l’audience, favorisons les nouveaux formats (26 min), inventons davantage d’espaces de diffusion, y compris sur la TNT, en seconde partie de soirée, prenons le risque de thèmes et d’écritures en rupture avec la télévision du passé, affirmons enfin la logique d’offre et non plus de demande. Car plus qu’un devoir, la fiction, miroir tendu à chacun, vecteur de démocratie et de construction collective, est une nécessité de service public, impliquant un pacte nouveau entre les commanditaires et tout le tissu productif. Et il y a urgence : il faut que la télévision cesse d’être du bon côté de la fracture sociale, loin des aspirations de la jeunesse et des minorités, pour enfin entrer dans la société d’aujourd’hui en offrant à tous un droit égal au récit et à l’imaginaire. L’avenir de notre secteur est à ce prix. Il nous appartient.

Caroline Benjo, Carole Scotta, Jimmy Desmarais, de Haut et Court (« Les Revenants »)

Arnaud Louvet, d’Aeternam films (« Virage Nord »)

Bruno Nahon, d’Unité de production (« Ainsi soient-ils »)

Vassili Clert, de Son & Lumière (« Engrenages »)

Jean Bréhat, 3 B Productions (« Le P’tit Quinquin »)

Marie Masmonteil, Elzevir films (« Chien de guerre »)

Tous les signataires sont productueurs


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